mercredi 22 avril 2026

jeudi 13 mars 2025

Spleen

Comme une brume qui se lève au-dessus des champs à l’aube

La tristesse s’insinue, s’étale dans chaque parcelle de la gorge

Elle étrangle avec lenteur sans demander de permission

Le nez pique d’une brulure amère, les yeux se brouillent

 

La langue cherche refuge auprès du palet

Les lèvres se soudent, tremblantes complices

L’idée monte à l’esprit d’un effondrement possible

Se laissant emporter par cette vague douloureuse

 

Tu reconnais ce spleen qui récidive en t’enlaçant

Tel un amant qui reviendrait régulièrement

La tristesse ne dit pas toujours clairement

Il faut parfois entendre d’une autre voix

Que se passe-t-il pour toi ici et maintenant ?

Pour qu’elle ose parler de son pourquoi

 

Au moment où elle se sait perçue

Quand tu cèdes à ton chagrin

Les larmes déferlent sur tes joues

Tu laisses échapper son chant

 

La tristesse t’emporte,

Laissant naitre le besoin

D’une étreinte qui contient

Tout ce qu’elle a à te dire

 

Mon ombre discrète

Tenace compagne

Que veux-tu ce matin ?

Qu’attends-tu de moi ?


Karine Danan

 

samedi 13 avril 2024

Dans l'ombre

 


Une femme, à l’air bien

Bien sur elle, veston, pantalon

Soignée, propre, comme on dit

Cheveux courts, brune

Le genre de femme dont on ne doute

Souche de ma naïveté encore

Nous, entassés, où

Je ne le sais

Quelque part entre quatre murs

Clos, vitrail à barreaux

Retenant des choses, des objets

Des humains qui n’en sont plus

Justes utiles, précieux nectar

Personne n’est plus personne

Sauf elle

Elle attend quelque chose

De nous sans aucun doute

Quoi, je ne le sais

Je l’ai bien observé, longtemps

Sans doute aussi

J’ai décidé, maintenant

Plus le choix peut-être, je ne sais plus

Je profite d’un moment d’inattention

Je m’évade, je cours, je franchis

Le courage, la peur, la mort

Des gens au détour

qui veulent me protéger

J’en suis touchée

Ne pas ralentir

Il y a des gens qu’il vaut mieux fuir

Suivre le chemin

Tout droit

Courir

Décamper

Loin d’elle et de ses desseins

Maléfiques, égoïstes

Dans une grotte arrondie

Des amis, peut-être

Des gens que je connais du moins

Nous parlementons, pas longtemps

Juste derrière, cachée dans l’ombre

Elle patientait 

Que je n’ai plus le muscle au départ

Pour me rattraper

Je me réveille

Sans savoir si j’ai réussi à lui échapper.


Karine Danan

Illustration : Magaly Chazot

lundi 27 juin 2022

Le malin chaperon pourpre

 


Maintenant que le loup gisait mort au fond de la rivière, les pierres sortirent de l’eau, une à une, soulevées par les petites mains de la fillette. L’aiguille, bien trop grande pour ses petits doigts, s’enfonça dans le corps dormant sans que rien ni personne n’en eût su quoi que ce soit. Elle l’avait trouvé sur la table ronde de sa grand-mère, plantée dans un coussin rouge comme celui des rideaux de théâtre. Le fil quant à lui, avait été posé sous la lampe aux pompons roses poussiéreuse. C’était un fil épais qui avait servi à rapiécer les jeans des travailleurs de la mine. Elle versa une larme pour sa grand-mère et décida de ne jamais dévoiler son terrible secret. Elle pensa qu’elle chercherait sûrement à savoir. Mais elle développa un plan dans sa tête. Pour ne jamais rompre son pacte, elle repartirait comme elle était venue. Sans rien montrer de ses sentiments. Elle les cacherait au fond d’elle-même sous une carapace de nacre. Personne n’y verrait rien que le reflet de lui-même. Elle avait toujours été maligne. Enfin presque, car aujourd'hui, le loup avait gagné d’une certaine manière. Elle qui avait cru en sa complaisance. Patiemment, elle cousit cette chaire blessée par ces ciseaux coupants, y passant l’après-midi entière. Les ciseaux qui avaient patiemment découpé son corps avec irrévérence, dans une tension insoutenable. Un homicide outrageant. Elle avait entendu ces ronflements, ce souffle creux et grave qui semblait venir d’une profonde grotte damnée. Sans préméditation, mais portée par toute la brutalité du blasphème. Les ciseaux pénétrèrent la chair alors que son sommeil était profond. Rêvant d’un ciel d’été coloré de bleu, avec des chants d’oiseaux. Le bruit de l’air caressant les feuilles vertes des arbres comme l’eau d’une cascade qui embaume l’ouïe. Le dos posé sur un lit de bois de chêne. Dormant du repos de l’impétueux qui n’en a plus l’âge. À pas de loup, déboutonnant sa chemise dans un geste fantomatique. D’une légèreté indocile. Après cette marche saccadée. Longue. Éprouvante. La marche vague d’un corps meurtri, pillé, souillé, vidé de son humanité. Guidé par un instinct primal. La porte grinçante et lourde s’était refermée comme une porte de prison. Laissant une couche puante de trahison dans laquelle elle s’était éveillée sans consentement à la vue d’un criminel s’évadant dans un silence mutilant. Trahison. Délit. Effraction. Sous couvert d’une affection rapine. Souffle court. Sidération. Douleur intense, barbare. L’acte comme attentat silencieux. Impropre et lent. Une éternité sans pitié. Sacrilège. Outrage sans procès. Confusion des sens. Alors qu’elle s’était endormie auprès de sa grand-mère. Mamie possédait étonnamment de grandes oreilles. "Mais c’est pour mieux t’entendre" dit-elle d'une voix funeste. Et cette grande bouche, pourquoi était ce déjà ? La fillette reprit son panier vide au fond rouge carmin. Remit sa capuche. Le soleil couchant orientant le chemin de la maison. Elle espérait que grand mamie serait assise dans un des fauteuils du salon discutant avec maman de leur inquiétude de ne pas voir rentrer la fillette au chaperon rouge. Comme elle se l’était promis, elle se mit à chantonner. Une chanson qui parlait d’une promenade libérée d’un loup que personne ne retrouverait. Il pourrirait au fond de la rivière comme il le méritait. Tout acte criminel doit être puni disait maman. Il n’y aurait pas d’avocat du diable. La fillette s’était défendue toute seule comme lui avait souvent suggéré papa. Elle rentra donc de l’air naïf qu’ont les enfants. Personne ne remarqua la tache couleur pourpre sur son manteau rouge. Tâche d’un secret coupable. Ses mains tremblantes furent attribuées au froid de la pénombre de l’automne. Personne n’avait remarqué la blessure écarlate dans ses entrailles souillées. Ni n'avait vu que le loup n’était pas seul mort. Ni remarqué la mort de la fillette aussi. Même quand le lendemain, elle laissa son chaperon rouge au placard pour un eye-liner noir. On avait juste cru qu’elle avait grandi d’un coup d’un seul. On avait juste dit : aller jouer dehors, ça fait du bien aux enfants ! Il était une fois, un loup mort à cause d’un rapt de candeur.


Texte : Karine Danan

Illustration : Magaly Chazot


samedi 21 mai 2022

L'occaz

 



L'Occaz


Ya des oiseaux dans les près, 

Des fleurs, des odeurs de blé

Ça sent la liberté, ça, c’est très joli

C’est ça l’bonheur qu’on dit


Les apparences, les illusions, les déguisements

Tout ça pour édulcorer les relations

Parce que c’est l’bonheur qu’on dit


Ne sois pas toi-même

N’existe pas

Ne sois pas proche

Ne demande pas

Ne dis pas

Chut ! 


On oublie nous tous qu’elle est tapie

La bête ou le sorcier, 

Peu importe comment vous l’appelez


Elle attend l’occaz, le pas de travers

La moindre goutte, la brèche, une circonstance

Elle menotte ta vie en filigrane

Tu crois qu’elle est partie

Quand ta sagesse dégouline

Quand tu crois qu’t’en ai sorti


Ne sois pas toi-même

N’existe pas

Ne sois pas proche

Ne demande pas

Ne parle pas

Chut ! 


Elle est juste embusquée

C’est ton Al Qaïda personnel

Ton armée de bazookas

Collé juste sur ta tempe


Un pas de côté

Rahhh ! Ch’ais plus quoi faire

En pleine panique

Soi elle tire, soit tu te tires

C’est toi ou elle

Y a pas le choix



Ne sois pas toi-même

N’existe pas

Ne sois pas proche

Ne demande pas

Ne parle pas

Chut ! 


Alors, tu reprends les apparences,

Tu chantes, tu danses, tu fais semblant 

On a beau t’dire de faire autrement

T’as trouvé qu’une clef pour l’enfermer

Suivre les directives et la fermer


C’est ta série personnelle

Ka.D Mai 2022

mardi 13 juillet 2021

Derrière les ronces


Une maison. Des volets clos. De l’extérieur, rien. Personne. Des ronces à perte de vue. Inaccessible. Mystérieuse. Intouchable. Toute la journée. Attente. Toujours personne. Un silence étourdissant. Intemporalité inquiétante. Aucune âme alentour. Angoissant. Le bruit d’une chouette. Un battement d’ailes. Frémissement. Brisure dans le silence. Tressaillement. Angoisse. Peur archaïque d’un autre temps. Peur du loup. Peur de la mort. Chut ! Observation. Minute après minute. Heure après heure. La pénombre. Les ombres d’une nature menaçante. Toujours rien. Personne. La somnolence comme un jeu de cache-cache entre rêve et réalité. Une illusion ? Peut-être. Un mirage ? Dans la nuit profonde, un filet de lumière dans l’embrasure d’une porte. Loin. Très loin devant. Au-delà des ronces. Comme une douceur soudaine. Presque miraculeuse. Ocre. Féerique. Une vie ? Une âme derrière ces volets clos ? Derrière cette porte ? Espoir. Joie. Curiosité. Dans le silence de l’obscurité, un son, une mélodie. Le son d’un violoncelle. Prélude de Bach ? Lequel ? Oui ! Première suite ! Comme un chant pur au-dessus de cette nature éprouvante. Frissons. Cœur dans un corset. Gorge dans un étau. Mon esprit comme dans un nuage. Un nuage blanc dans un ciel d’été. Des oiseaux. Le bruit de l’eau d’une fontaine dans la chaleur épaisse d’un été radieux. Des fleurs de toutes les couleurs. Des blanches, des rouges, des perles de natures. Un verre de citronnade. Bruit des glaçons. Temps d’un autre temps. Des robes rondes, des voiles transparents. Des danses. Des mains dans des mains. Des sourires dans des regards. Des baisers. Des accolades. Une fête. Ripailles. Plateaux en inox. Champagne. Le son dans mon cœur, dans mes tripes. Fort. Puissant. Vivant. Un parcours interne profond sur des terres insoupçonnées. Émotion. De l’ombre à la lumière. Des perles de larmes sur mes joues fraiches. Un tremblement dans mes lèvres. Sous mes paupières pourtant, une balade au cœur d’une orgie de sensations. Du recueillement au vagabondage. Comme une prière suppliante et joyeuse à la fois. Entrain. Accélération. Intensité. Feu d’artifice. Jouissance. Palpitation. Apothéose. Puis tout à coup. Silence. Obscurité. Fraîcheur. Bourdonnement d’oreilles. Quelques notes en écho. Deux. Une. Rien. Le sourire aux lèvres d’un plaisir d’avant. Un espoir naissant. La possibilité d’une vie derrière les ronces, au-delà des murs. Demain, même heure. Même endroit.

KaD


 

samedi 13 novembre 2010

Chut ! Regarde le silence ! Ecoute la beauté !

dimanche 8 novembre 2009

Temps qui s'égare

Le temps

Le temps d'aimer
Le temps de vivre
Le temps des chants

Le temps

Le temps qu'on tue
Le temps qu'on jète
Le temps qu'on perd

Le temps

Le temps des larmes
Le temps des armes
Le temps des cris

Cris de douleur
Cris de patience
Cris d'absence

Le temps

Le temps qui passe
Le temps qu'il fait
Le temps qui s'efface

Le temps

Le temps qu'on gagne
Le temps qu'on prend
Le temps qu'on rêve

Le temps

Le temps de s'aimer
Le temps de l'avant
Le temps de la fin

La fin des temps
La fin de mon temps
La fin de ton temps

Le temps

Le temps qui calcule
Le temps qui recule
Le temps qui bascule

Le temps

Le temps qui s'en va
Le temps qui vient
Le temps qui s'oublie

Le temps

Le temps de toi
Le temps du manque
Le temps de l'attente

L'attente de toi
L'attente de nous
L'attente qui compte

Le temps

mardi 20 octobre 2009

Avec toi

Avec toi,
J’ai des envies de voyage,
Des cafés à faire tourner,
Des danses à faire chanter,
J’ai des envies de poésie,
Des baisers à savourer,
Des je t’aime pour nous aimer.
Avec toi,
J’ai des envies d’exister,
Des secondes à étirer,
Des jours à composer,
J’ai des envies de poésie,
Des rimes à te donner,
Des secrets à te chuchoter.
Avec toi,
J’ai des envies d’harmonie,
Des rythmes à partager,
Des silences à écouter,
J’ai des envies de poésie,
Des nuits à t’éditer,
Des bonheurs t’inventer.

dimanche 28 juin 2009

Je vous lis mauvaise critique - Extrait recueil n°2

Je vous entend critiquer
Je vous vois grimacer
Je vous sens chicaner

Vous me donnez la nausée
Vous effarez mon thalamus
Vous titillez ma surdité

Et sinon, vous faites quoi ce soir

Pas d'autre chat à fouetter
Pas de dame à charmer
Pas d'alentours à visiter

Vous pourriez vous considérer
Vous asseoir face à vous même
Vous dire vos quatres vérités

Et sinon, vous faites quoi ce soir

Au risque de vous chatouiller
Au risque d'être sarcastique
Au risque de vous bercer

Je vous sens calomnier
Je vous sens donner du pique
Je vous sens péjorer

Et sinon, vous faites quoi ce soir

Moi je vais célébrer, admirer
Moi je vais contempler, exhalter
Moi je n'irai pas vilipender